Un groupe de réflexion allemand préconise de durcir les contrôles aux frontières, dans les douanes et sur les marchés en Afrique pour limiter l’acquisition et l’usage militaire des drones.

L’Union africaine (UA) doit renforcer la coopération entre ses Etats membres pour limiter l’accès des groupes armés aux drones, devenus un outil de surveillance, de renseignement et d’attaque de plus en plus utilisé en Afrique, estime le Bonn International Centre for Conflict Studies (BICC).

Basé en Allemagne, le BICC est un institut de recherche indépendant et un groupe de réflexion (think tank), qui étudie la paix et les conflits liés à la violence organisée.

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Dans un nouveau rapport intitulé « Pourquoi et comment l’Union africaine devrait agir contre la prolifération des drones », le centre juge qu’une interdiction générale des drones commerciaux serait « ni réaliste ni souhaitable », en raison de leurs nombreux usages civils et de leur disponibilité sur les marchés.

Il préconise plutôt de rendre leur acquisition et leur transformation à des fins militaires plus difficiles, en renforçant les contrôles aux frontières, dans les douanes et sur les marchés.

Des contrôles étendus aux composants stratégiques

Les contrôles devraient porter sur les drones mais aussi sur leurs composants, notamment les batteries, contrôleurs de vol, antennes, systèmes de transmission vidéo et mécanismes de largage susceptibles d’être utilisés pour leur militarisation.

Le BICC recommande une liste africaine de surveillance de ces composants, regroupant classifications des biens contrôlés, codes douaniers, données sur les sanctions et informations issues des saisies réalisées dans les zones de conflit. Cette liste pourrait être actualisée par l’UA avec AFRIPOL, le Mécanisme de coopération policière de l’Union africaine, et les communautés économiques régionales, puis communiquée aux services douaniers, policiers et militaires.

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Les agents chargés des contrôles devraient être formés et les données issues des saisies intégrées aux systèmes nationaux et régionaux de police et de traçage.

Des drones commerciaux aux appareils armés

Les groupes armés utilisent principalement des drones commerciaux conçus pour la photographie ou la cartographie. Ces appareils peuvent servir au renseignement et à la surveillance, mais aussi être modifiés pour larguer des explosifs.

Selon le BICC, un drone capable de transporter des explosifs peut être fabriqué pour 650 à 1.000 dollars.

Des groupes jihadistes de plus en plus équipés

Au Nigeria, l’organisation jihadiste Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) utilise des drones commerciaux pour suivre les mouvements des troupes et les défenses des bases militaires. Depuis décembre 2024, le groupe s’en est également servi lors d’attaques coordonnées contre plusieurs bases, notamment pour détourner l’attention ou affaiblir les défenses avant une offensive terrestre, selon le rapport.

Au Sahel, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a d’abord utilisé des drones pour le renseignement et la coordination d’attaques, avant de mener une première attaque confirmée avec un drone armé en 2023.

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Depuis 2025, le groupe les utilise régulièrement contre des positions militaires au Burkina Faso et au Mali, affirme le BICC. Le rapport cite également Al-Shabaab en Somalie, des groupes affiliés à l’Etat islamique au Mozambique et en Somalie, les Forces démocratiques alliées (ADF) en République démocratique du Congo (RDC) et la Coalition des patriotes pour le changement en République centrafricaine (RCA).

Des drones plus sophistiqués fournis par des Etats étrangers

Des systèmes plus sophistiqués peuvent aussi parvenir aux groupes armés grâce au soutien d’Etats étrangers. Au Soudan, les Forces de soutien rapide (RSF) disposent notamment de drones militaires chinois Wing Loong II et FH-95, destinés à la surveillance et aux frappes à longue distance.

Depuis 2024, les RSF ont mené des dizaines de frappes contre des aéroports, barrages, infrastructures énergétiques et civiles ainsi que des installations militaires, selon le rapport.

En Libye, les forces de Khalifa Haftar ont utilisé, avec le soutien de partenaires étrangers, des drones Wing Loong armés de munitions guidées lors de l’offensive contre Tripoli en 2019-2020. Ces appareils ont effectué des milliers de frappes contre des objectifs militaires, mais aussi contre des infrastructures civiles et des zones densément peuplées, selon le BICC.

Harmoniser les règles d’importation et de vente

Face à cette prolifération, le BICC appelle l’UA à harmoniser les règles nationales sur l’importation et la vente des drones avancés et de leurs pièces détachées. Il propose notamment d’enregistrer les numéros de série et les modèles à l’importation et d’identifier les acheteurs de drones haut de gamme au moyen de procédures de connaissance du client ou de systèmes de licence.

L’UA pourrait également adopter un code de conduite sur les drones et leur prolifération, susceptible de servir de base à une convention interdisant leur transfert non autorisé à des groupes armés. La Convention de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur les armes légères et de petit calibre pourrait servir de modèle, notamment pour ses mécanismes de contrôle aux frontières, ses bases de données et l’harmonisation des législations.

Agir au niveau international

Le BICC appelle parallèlement les États africains à encadrer leur propre utilisation des drones, avec des procédures transparentes de ciblage, un contrôle juridique des frappes, l’évaluation des dommages collatéraux et des enquêtes après les opérations.

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Ces mesures auront toutefois une portée limitée pour les groupes soutenus par des Etats étrangers, prévient le rapport.

Par Elyes Jouini

dpa

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