En temps de conflit comme en temps de paix, les droits de l’enfant doivent demeurer une priorité absolue pour toute nation. Sans distinction de nationalité, d’appartenance politique ou de situation géographique, chaque enfant possède les mêmes droits fondamentaux : à la sécurité, à la famille, à l’éducation et à un avenir sans crainte. Lorsque des enfants sont victimes de la guerre, leur protection n’est pas seulement une responsabilité nationale, mais aussi un devoir partagé par l’ensemble de la communauté internationale.
L’expulsion illégale et le transfert forcé d’enfants ukrainiens n’ont pas commencé avec l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022. Cette pratique a débuté des années auparavant, suite à l’occupation illégale de la Crimée par la Fédération de Russie en 2014. Dès 2015, des preuves attestaient que des enfants ukrainiens étaient emmenés des zones d’Ukraine non contrôlées par le gouvernement et expulsés au-delà des frontières ou transférés plus profondément dans les zones contrôlées par la Russie.
Cette pratique illégale et inhumaine s’est transformée en une violation systématique et à grande échelle des droits des enfants ukrainiens. Aujourd’hui, le ministère de la Justice ukrainien a officiellement confirmé plus de 20 000 cas de déportation et de transfert forcé d’enfants ukrainiens vers la Russie ou des territoires temporairement sous contrôle russe. Pour ces enfants, cette situation a signifié non seulement un déplacement, mais aussi la séparation d’avec leur famille, la perte de leur communauté et une atteinte à leur identité, à leur langue et à leurs liens avec leur foyer. Leur situation nous rappelle que la protection des enfants en situation de conflit n’est pas un principe abstrait, mais une responsabilité humaine qui exige une coopération internationale soutenue.
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Les autorités ukrainiennes et les organisations de la société civile qui travaillent sur ces cas sont confrontées à d’énormes difficultés pour retrouver les enfants emmenés. La Russie n’a pas fourni d’informations exhaustives sur le nombre d’enfants expulsés ou transférés ni sur leur lieu de résidence, ce qui rend leur identification et leur retour extrêmement difficiles. Même lorsque les enfants sont localisés, leur retour chez eux peut s’avérer long et complexe.
C’est pourquoi la coopération internationale est essentielle. Aucun pays confronté à un tel défi ne pourrait y faire face seul. Et aucun enfant ne devrait avoir à attendre que le monde agisse.
C’est dans cette optique que sont lancées l’initiative « Bring Kids Back UA », mise en place par le président ukrainien Zelensky en 2023, et la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens, créée par l’Ukraine et le Canada en février 2024. « Bring Kids Back UA » fournit le cadre national aux efforts déployés par l’Ukraine pour le retour des enfants, le soutien à leur rétablissement et à leur réintégration, ainsi que pour garantir l’obligation de rendre des comptes. La Coalition internationale mobilise le soutien international en faveur de ces objectifs et contribue à traduire l’engagement politique en actions coordonnées. Aujourd’hui, elle rassemble 49 membres, parmi lesquels des États et des organisations internationales. Son action est axée sur l’aide humanitaire : la protection des droits de l’enfant et le respect des normes internationales de protection de l’enfance.
En tant que coprésidents, l’Ukraine et le Canada ont œuvré de concert pour bâtir et pérenniser la Coalition, élargir la participation internationale, maintenir le retour des enfants ukrainiens au cœur des priorités mondiales et encourager un soutien concret au traçage des personnes disparues, à leur retour en toute sécurité, à leur réhabilitation, à leur réintégration et à la responsabilisation des auteurs. Ce leadership témoigne d’une conviction simple : les enfants ne doivent jamais être utilisés comme instruments de guerre. L’UE est devenue membre de la Coalition en septembre 2025.
Grâce à des efforts diplomatiques, humanitaires et juridiques soutenus, ainsi qu’à la coopération internationale, plus de 2 130 enfants ukrainiens ont pu rentrer chez eux et bénéficier d’un accompagnement dans le cadre de programmes de réhabilitation et de réintégration. Pour chaque enfant, le retour au foyer représente la restitution de quelque chose d’irremplaçable : l’amour de la famille, la familiarité de la langue et de la culture, et la possibilité de grandir là où est sa place.
Mais ce ne sont là que quelques exemples. Beaucoup d’enfants restent sous contrôle russe, déportés ou piégés dans les territoires ukrainiens temporairement occupés. Relever ce défi exige une réponse véritablement mondiale. Protéger les enfants en situation de conflit n’est pas la responsabilité d’un seul acteur ; c’est un devoir partagé, ancré dans les droits humains universels et nos valeurs communes.
C’est pourquoi nous encourageons les pays du monde entier à s’engager auprès de la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens, que ce soit en tant que membres ou observateurs. Nous reconnaissons également que de nombreux pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du Moyen-Orient apportent une expérience précieuse sur cette question. Qu’il s’agisse d’efforts de consolidation de la paix et de réconciliation ou de programmes de protection et de réintégration des enfants après un conflit, de nombreux pays ont fait preuve, au fil du temps, d’un leadership exemplaire en matière de protection des enfants vulnérables et de reconstruction des communautés.
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La Coalition n’est pas seulement une plateforme de soutien au retour des enfants ukrainiens ; c’est aussi un espace d’échange d’idées et de renforcement des approches internationales en matière de protection de l’enfance dans les conflits. Les pays membres peuvent partager leurs points de vue et les enseignements tirés de leurs propres expériences. Si le conflit en Ukraine constitue notre point de départ, notre objectif est plus large : renforcer les pratiques internationales afin que les enfants soient mieux protégés dans tous les conflits.
La participation offre également la possibilité de collaborer à l’élaboration de cadres juridiques et institutionnels visant à protéger les enfants. Partout dans le monde, les gouvernements ont mis en place des stratégies pour retrouver les familles, faciliter le retour des enfants déplacés, assurer leur réadaptation psychologique et préserver leur identité culturelle. En rassemblant ces expériences, la Coalition entend renforcer les normes internationales et les mécanismes pratiques qui contribuent à garantir le respect des droits de l’enfant dans tous les conflits.
La Coalition continue d’étendre cette collaboration. Une réunion de haut niveau de la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens – co-organisée par l’UE, l’Ukraine et le Canada – s’est tenue le 11 mai 2026 à Bruxelles, réunissant les partenaires afin d’examiner les progrès accomplis et de définir de nouvelles mesures concrètes pour faciliter le retour des enfants dans leurs familles et leurs communautés.
En définitive, la protection des enfants doit transcender les clivages géopolitiques. Il s’agit d’un impératif humanitaire commun, fondé sur le droit international et sur la reconnaissance que chaque enfant mérite sécurité, dignité et protection.
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Nous invitons nos partenaires du monde entier à se joindre à cet effort et à partager leurs points de vue divers, leurs expériences uniques et leur leadership précieux – autant d’éléments essentiels pour que la protection de l’enfance demeure une priorité universelle. En travaillant ensemble, par-delà les régions, les cultures et les clivages politiques, nous pouvons reconstruire l’enfance brisée par les conflits et renforcer le cadre international qui protège les enfants partout dans le monde. Car lorsqu’il s’agit des droits et de la dignité des enfants, notre humanité commune doit toujours primer.
Gwilym Jones, ambassadeur de l’Union européenne au Togo

