Le bras de fer institutionnel se poursuit au Sénégal, et une fois encore, c’est le Conseil constitutionnel qui vient trancher. Saisi par le gouvernement, les sages ont invalidé, le 25 août, une proposition de loi visant à encadrer les fonds spéciaux mis à la disposition de l’exécutif, notamment pour des opérations liées à la sûreté de l’État.

Sous des allures techniques, ce texte cristallise en réalité une nouvelle étape du rapport de force entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié de lutte, Ousmane Sonko. Devenu président de l’Assemblée nationale, où les députés Pastef sont majoritaires, ce dernier avait fait de cette proposition un levier destiné à renforcer le contrôle parlementaire sur l’utilisation de ces crédits sensibles.

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Mais le Conseil constitutionnel en a décidé autrement, estimant que ce dispositif rompait l’équilibre des pouvoirs en empiétant sur les prérogatives de l’exécutif dans la gestion de ces fonds. Les députés, selon cette lecture, ne peuvent s’arroger un droit de regard qui déborderait sur le domaine réservé du pouvoir exécutif.

Cette censure n’est pas la première du genre. Le 9 juillet déjà, l’institution avait rejeté une réforme constitutionnelle portée par les parlementaires, qui visait notamment à interdire au chef de l’État de diriger un parti politique.

Le calendrier de ces décisions n’est pas anodin. Moins de 3 semaines après ce premier revers, Bassirou Diomaye Faye lançait officiellement Kiiray, sa propre formation politique. Un geste qui confirme sa volonté de tracer une voie distincte de Pastef, dont Ousmane Sonko demeure la figure incontournable.

Au-delà de la seule question des fonds spéciaux, cette succession de décisions révèle les fissures grandissantes d’un pouvoir né d’une victoire commune, mais désormais partagé entre deux stratégies institutionnelles divergentes.

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En invalidant une nouvelle fois une initiative parlementaire, le Conseil constitutionnel rappelle une évidence structurelle : une majorité politique, même écrasante, ne suffit pas à elle seule à redéfinir les équilibres de la République. Au Sénégal, la bataille pour le pouvoir se joue désormais autant dans les prétoires que dans les urnes.

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