Situé à cheval entre le nord du Togo et le nord-ouest du Bénin, le site culturel du Koutammakou est un chef-d’œuvre de l’architecture vernaculaire et de la relation harmonieuse entre l’Homme et la nature. Face à la dégradation accélérée des structures de ce patrimoine, Lomé et Cotonou lancent une initiative conjointe. Lire le communiqué ci-dessous relatif au lancement du rapport « Évaluation des Risques Climatiques et Stratégies d’Adaptation du Koutammakou, le Pays des Batammariba (Bénin–Togo) » et du projet transfrontalier.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Koutammakou: le Bénin et le Togo lancent une nouvelle étape pour renforcer la résilience d’un patrimoine mondial face au changement climatique
Lancement du rapport « Évaluation des Risques Climatiques et Stratégies d’Adaptation du Koutammakou, le Pays des Batammariba (Bénin–Togo) » et du projet transfrontalier soutenu par la Fondation ALIPH
Nadoba, Togo — 10 août 2026. — Le Corps des Volontaires Béninois (CVB), en collaboration avec les gestionnaires du patrimoine culturel du Koutammakou au Bénin et au Togo, organise ce lundi 10 août 2026 à Nadoba le lancement officiel du rapport « Évaluation des Risques Climatiques et Stratégies d’Adaptation du Koutammakou, le Pays des Batammariba (Bénin–Togo) », ainsi que celui du projet « Renforcement de la résilience du patrimoine culturel du Koutammakou face aux changements climatiques et aux conflits (Bénin–Togo) », soutenu par la Fondation ALIPH.
La cérémonie réunira des représentants des ministères chargés de la Culture du Bénin et du Togo, les gestionnaires du site représentant les administrations nationales du patrimoine culturel, les points focaux de l’UNESCO, les autorités traditionnelles, les communautés Batammariba, les coopératives de femmes, les comités de gestion du site ainsi que les partenaires scientifiques, techniques et financiers engagés dans la conservation du Koutammakou.
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Un diagnostic construit à partir d’un tissage des savoirs
Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004 et étendu au Bénin en 2023, le Koutammakou est un paysage culturel transfrontalier où architecture, pratiques culturelles, savoirs traditionnels, espaces sacrés, ressources naturelles et organisation sociale forment un système profondément interdépendant.
Le rapport présenté à Nadoba est le résultat d’un processus collaboratif associant données scientifiques, savoirs locaux et connaissances institutionnelles. Coordonné dans son ensemble par le Corps des Volontaires Béninois, le processus a été conduit en collaboration étroite avec les gestionnaires du site du Bénin et du Togo, représentant les différentes directions nationales en charge du patrimoine culturel, ainsi qu’avec Preserving Legacies, National Geographic, ICOMOS et le Climate Heritage Network.

Cette démarche a accordé une place centrale aux Batammariba, détentrices et praticiennes du patrimoine. Elle s’est appuyée sur un processus de « tissage des savoirs », visant à mettre en dialogue connaissances scientifiques, expertise patrimoniale, savoirs autochtones et perceptions locales des transformations du territoire. La démarche a notamment intégré des outils de cartographie sensible, permettant aux communautés de représenter leurs perceptions des lieux, des valeurs patrimoniales, des changements environnementaux et des risques qui affectent leur territoire.
Cette approche participative a contribué à documenter les risques à partir de l’expérience vécue des communautés tout en les mettant en relation avec les données climatiques, les analyses spatiales et les connaissances scientifiques. Au total, 277 acteurs locaux, institutionnels et experts internationaux ont participé au processus d’évaluation.
Un patrimoine déjà affecté par les changements climatiques
Les résultats de l’évaluation montrent que le changement climatique constitue désormais un facteur majeur de risque pour la conservation du Koutammakou.
Entre 1979 et 2025, une hausse des températures comprise entre +1 et +1,5 °C a déjà été observée. À l’horizon 2080, les projections indiquent une augmentation de +2,5 à +3 °C selon le scénario SSP2-4.5, et de +4,5 à +5 °C selon le scénario SSP5-8.5, avec des températures maximales pouvant dépasser 42 °C.
Les sikien, ou takienta, habitations traditionnelles en terre crue emblématiques du Koutammakou, figurent parmi les éléments les plus exposés. L’inventaire recense 2 277 sikien au Bénin et 1 928 au Togo. Les pluies extrêmes, les sécheresses, les vents violents et la raréfaction des matériaux traditionnels menacent leur conservation.
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L’évaluation établit un niveau de risque climatique particulièrement préoccupant à l’horizon 2080 : 3,9 pour la valeur architecturale, 3,6 pour la valeur écologique, 3,3 pour la valeur spirituelle et culturelle et 3,4 pour la valeur d’usage, sous le scénario SSP5-8.5.

Ces risques dépassent toutefois la seule conservation du bâti. La perturbation des cycles saisonniers, la dégradation des écosystèmes, la migration des jeunes et la raréfaction des matériaux naturels peuvent également fragiliser la transmission des savoirs, les pratiques culturelles et les modes d’organisation communautaire.
Des savoirs locaux au cœur des stratégies d’adaptation
L’évaluation met également en évidence une ressource essentielle: les capacités d’adaptation développées par les communautés Batammariba.
L’observation des arbres, des insectes, des animaux, des vents et des astres, les pratiques de protection des bosquets sacrés et certaines pratiques rituelles constituent autant de systèmes de connaissance permettant aux communautés de lire les transformations de leur environnement.
Le rapport proposes ainsi une stratégie d’adaptation fondée sur six priorités: renforcer la résilience des sikien et des techniques constructives; préserver les pratiques culturelles et les savoirs autochtones; restaurer les écosystèmes; renforcer la résilience socio-économique; développer une gouvernance climatique adaptative; et mobiliser l’art, les récits et les pratiques culturelles comme leviers d’adaptation.
Du diagnostic à l’action: un nouveau projet soutenu par ALIPH
C’est dans cette continuité que s’inscrit le projet « Renforcement de la résilience du patrimoine culturel du Koutammakou face aux changements climatiques et aux conflits (Bénin–Togo) », porté par le Corps des Volontaires Béninois avec le soutien de la Fondation ALIPH.
Mis en œuvre sur douze mois, le projet traduit plusieurs des priorités identifiées par l’évaluation en interventions concrètes sur le terrain.
À travers ces différentes activités, le projet entend renforcer simultanément la conservation du patrimoine bâti, la transmission des savoir-faire, la participation et l’autonomisation des femmes et des jeunes, l’éducation climatique et la cohésion sociale, tout en contribuant à réduire certains facteurs de fragilité dans une région confrontée à des risques climatiques et sécuritaires croissants.
Une responsabilité partagée entre le Bénin et le Togo
La dimension transfrontalière constitue l’un des fondements de cette démarche. Le Koutammakou forme un même paysage culturel au-delà des frontières administratives. La conservation de ses valeurs, de ses pratiques et de ses écosystèmes nécessite donc une coopération durable entre les institutions patrimoniales, les autorités locales, les communautés et les partenaires internationaux.
Le lancement conjoint du rapport et du projet marque ainsi le passage de la connaissance à l’action: mieux comprendre les risques pour mieux orienter les décisions, renforcer les capacités locales et mobiliser les ressources nécessaires à l’adaptation.
Il ouvre également une nouvelle étape dans laquelle les savoirs scientifiques et les savoirs communautaires sont appelés à dialoguer en permanence pour construire des réponses adaptées au territoire et à ses habitants.
Une mobilisation internationale et communautaire
Le processus ayant conduit à l’évaluation illustre une dynamique de coopération associant acteurs institutionnels, scientifiques, organisations internationales et communautés locales. La coordination générale assurée par le Corps des Volontaires Béninois, en collaboration avec les gestionnaires du site au Bénin et au Togo, a permis de réunir autour d’un même processus Preserving Legacies, National Geographic, ICOMOS et le Climate Heritage Network, avec une participation active des communautés Batammariba.
Cette coalition reflète une conviction commune: la résilience du patrimoine mondial ne peut être construite sans les communautés qui en sont les gardiennes, ni sans un dialogue entre les différents systèmes de connaissances.
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Le lancement du rapport et du projet ALIPH constitue ainsi une étape importante pour renforcer la coopération transfrontalière et faire du Koutammakou un territoire d’expérimentation et d’apprentissage en matière d’adaptation climatique du patrimoine culturel.

À PROPOS DU RAPPORT
Évaluation des Risques Climatiques et Stratégies d’Adaptation du Koutammakou, le Pays des Batammariba (Bénin–Togo)
Le rapport propose une évaluation intégrée des risques climatiques pesant sur le paysage culturel du Koutammakou et identifie des stratégies d’adaptation fondées sur l’articulation entre données scientifiques, savoirs locaux, valeurs patrimoniales et participation communautaire.
À propos du Corps des Volontaires Béninois
Le Corps des Volontaires Béninois (CVB) est une organisation non gouvernementale accréditée auprès de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (UNCCD), engagée dans la protection du patrimoine culturel, le développement communautaire, la résilience climatique et la promotion du volontariat. Il accompagne les communautés dans la conservation du patrimoine, la transmission des savoir-faire et le développement de solutions locales face aux défis environnementaux.
À propos de la Fondation ALIPH
La Fondation ALIPH (Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit) est une fondation internationale qui soutient la protection, la réhabilitation et la valorisation du patrimoine culturel menacé par les conflits, les catastrophes et les crises. À travers ses financements, ALIPH contribue à renforcer la résilience des communautés et à préserver le patrimoine culturel pour les générations futures.
À PROPOS DU PROJET ALIPH
« Renforcement de la résilience du patrimoine culturel du Koutammakou face aux changements climatiques et aux conflits (Bénin–Togo) »
Porté par le Corps des Volontaires Béninois (CVB) avec le soutien de la Fondation ALIPH, ce projet de douze mois vise à transformer les connaissances et priorités d’adaptation en actions concrètes de conservation, de transmission des savoir-faire, d’éducation climatique et de renforcement de la résilience communautaire.
PARTENAIRES DU PROCESSUS D’ÉVALUATION
Coordination générale: Corps des Volontaires Béninois (CVB)
Partenaires institutionnels: Gestionnaires du site du Koutammakou au Bénin et au Togo, représentant les administrations nationales chargées du patrimoine culturel.
Partenaires techniques, scientifiques et internationaux : Preserving Legacies, National Geographic, ICOMOS, Climate Heritage Network.
Partenaires essentiels du processus: communautés Batammariba, autorités traditionnelles, détenteurs de savoirs, femmes, jeunes et acteurs locaux.
CONTACT PRESSE
Corps des Volontaires Béninois (CVB)
Siège social: Natitingou, Quartier Yimporima, Maison KEKE Sebastien.
Chérifath YESSOUFOU Chargée de Commuication Institutionnell
vpafrique@gmail.com
www.cvb.ngo
Nadoba, Kéran 3 — Togo | 10 août 2026

