Lomé – Culture. « Gbandjo, liquidation ! » Quiconque a fréquenté un marché togolais à l’approche des fêtes connaît ce cri de revendeuse. En éwé, gbandjo signifie « à bas prix ». L’Oriki Theatre Band de Lomé en a tiré le titre de sa nouvelle création, une satire sociale qui entraîne le public au cœur d’un marché populaire, où l’on rit tout en étant invité à ouvrir l’œil.
Une guerre sans merci entre deux commerçantes
Dans un marché ordinaire d’Afrique, Sandrine et Deby, deux anciennes amies, se livrent une guerre sans merci. Leur voisin Djakpata Koffi, commerçant fourbe, n’arrange rien. Quant à Abongo, le redoutable surveillant du marché, seul capable d’y imposer l’ordre, il semble lui-même enclin à des attitudes suspectes. Qui est réellement Abongo et quelles seront les conséquences de ses abus ? La pièce laisse au public le soin de le découvrir.
Rire pour sensibiliser
Écrite et mise en scène par Hubert Madôhona Arouna, la pièce vise d’abord à distraire, tout en sensibilisant aux maux qui minent les quartiers populaires : vente de produits périmés ou avariés aux populations modestes sous prétexte de soldes, vindicte populaire, usage abusif des réseaux sociaux, commérages, corruption et abus d’autorité dans la gestion des marchés. Le spectacle rappelle à chacun ses droits et ses responsabilités.

Le théâtre-party, une forme née à Lomé
Hubert Arouna inscrit cette création dans le « théâtre-party », forme qu’il a lui-même imaginée. Inspirée du concert-party, théâtre populaire togolais mêlant improvisation, masque, musique, travestissement, personnages stéréotypés et interaction avec le public, elle intègre les exigences du théâtre contemporain : mise en scène, scénographie, lumière et texte écrit. Deux musiciens, Ourso-Baba Tchedé et Yannick Abuatsi, accompagnent l’action.
Les femmes au premier plan
Les actrices portent le spectacle avec une belle présence scénique, une allure de véritables commerçantes de Lomé et une diction maîtrisée en mina comme en français. Elles donnent au duel entre les deux rivales une remarquable intensité. Face à elles, Sodji Danda campe un Djakpata à la gestuelle imposante et malicieuse, qui occupe le plateau avec l’assurance d’un grand rusé.

Un hommage au wax hollandais
Le spectacle célèbre également le wax hollandais, tissu imprimé vendu depuis des générations sur les marchés togolais par les célèbres Nana Benz et leurs descendantes. Les costumes de Sandrine et Deby en sont taillés, tout comme ceux de nombreuses commerçantes de Lomé, tandis que la marchandise de Sandrine en est principalement composée. Les noms de motifs, évocateurs et populaires en Afrique de l’Ouest et du Centre — « Si tu sors, je sors », « Ton pied, mon pied », « Mon mari est capable », « Balaie d’abord ta propre cour » — sont cités et commentés dans le texte.
Une troupe d’expérience
Fondée en 2007 à Lomé par Hubert Madôhona Arouna, la compagnie Oriki s’est fait connaître avec Larmes de crocodile et sourires de croque-morts, créée à l’Espace AREMA, puis présentée au FESTHEF et au Festival panafricain d’Alger en 2009. En 2012, elle a effectué une grande tournée dans une dizaine de villes de France avec Moi Jacob, l’esclave d’Agbodrafo Woold Home.

Créé en septembre-octobre 2025, Gbandjo, liquidation réunit Arlette Stéphanie Ajavon, Adjo Constantine Atandji, Gnimdou Antoine Abalo, Kokou Sitsopé Godwin Akonka, Sodji Danda et Komlan Délali Djigbodi Zossou.
Durée du spectacle : 1 h 30.
Revue du jeu des acteurs
Gbandjo, liquidation : des actrices maîtresses du marché, un Djakpata de poids
Le théâtre-party est une forme exigeante : tenir un texte écrit tout en laissant vivre l’improvisation, jouer des types sans tomber dans la caricature, rester à l’écoute d’un public qui répond. Dans Gbandjo, liquidation, la troupe de l’Oriki Theatre Band relève ce défi avec un jeu collectif solide, porté d’abord par ses actrices.
Les actrices, ou le théâtre au féminin
Dans cette pièce, les femmes tiennent le marché et les actrices tiennent la scène. Le spectacle célèbre les commerçantes de Lomé, leur verve, leur sens du négoce, leurs rivalités et leurs solidarités, et les comédiennes le portent avec autorité.
Leur présence scénique est remarquable. Dès leur entrée, leur port, leur démarche et leur manière d’occuper l’espace évoquent ces marchandes que tout Lomé reconnaît, drapées de wax hollandais, qui hèlent le client et règnent sur leur étal. Le costume est porté avec une aisance qui donne au marché toute sa vérité.

Leur diction est parfaite, en mina comme en français. Le texte circule entre les deux langues, et elles passent de l’une à l’autre sans accroc. Le mina apporte aux échanges leur saveur populaire, les formules de marché et les expressions imagées. Le français assure la clarté du propos et ouvre la pièce à un public plus large. Cette double maîtrise rend les dialogues naturels, vifs et toujours intelligibles, ce qui est précieux dans un spectacle qui joue sur l’improvisation et l’échange avec la salle.
Elles maîtrisent aussi pleinement leurs rôles. Le texte écrit est tenu, l’improvisation respire, et la querelle de Sandrine et Deby, d’anciennes amies devenues rivales, y gagne en crédibilité. Les formules de wax (« Ton pied, mon pied », « Balaie d’abord ta propre cour ») deviennent entre elles autant de piques et de messages codés que le public togolais reconnaît.
Cette présence féminine a enfin une portée symbolique. Le wax hollandais, mis à l’honneur dans la pièce, est lié à l’histoire des Nana Benz et de leurs descendantes. En donnant corps à ces figures avec autant de justesse, les actrices prolongent cette mémoire.
Sodji Danda, un Djakpata imposant et malicieux
Sodji Danda interprète Djakpata Koffi, le commerçant voisin et fourbe dont l’attitude envenime la guerre entre les deux femmes. Sa gestuelle est à la fois imposante et malicieuse, et c’est ce double registre qui fait la réussite du personnage. L’imposant installe Djakpata comme une figure qui compte dans le marché : il occupe l’espace et impressionne. Le malicieux dévoile la ruse sous la carrure.
Ce contraste sert la pièce. Face à deux commerçantes qui se disputent à coups de mots, Djakpata s’impose surtout par le corps, fidèle à l’esprit du concert-party où le jeu physique et le type stéréotypé portent une grande part du comique. Le jeu de Sodji Danda a aussi du sens sur le fond : Djakpata incarne le commerçant véreux que le texte dénonce. En le jouant avec une malice plus rieuse que menaçante, il fait rire le public tout en lui laissant voir ce qu’il y a de nuisible derrière le sourire.
Un jeu d’ensemble au service du message
Avec six comédiens et deux musiciens, le spectacle repose sur un vrai travail de troupe. L’ensemble sert un texte qui veut amuser autant qu’alerter, et le message passe d’autant mieux qu’il naît de la comédie. Pour qui connaît les marchés de Lomé, le plaisir est double : y reconnaître son quartier, et en rire avec ceux qui l’habitent.
PUBLICATION POUR X
Sodji Danda
Sodji Danda campe Djakpata Koffi, le voisin fourbe de « Gbandjo, liquidation ». Une gestuelle imposante et malicieuse : il occupe le plateau, fait rire, et laisse voir la ruse sous le sourire.
#Lomé #Togo #Théâtre
Arlette Stéphanie Ajavon
Arlette Stéphanie Ajavon dans « Gbandjo, liquidation » : une présence scénique remarquable, l’allure d’une vraie commerçante de Lomé et une diction parfaite en mina comme en français. Le marché lui va si bien !
#Lomé #Togo #Théâtre
Adjo Constantine Atandji
Adjo Constantine Atandji, c’est l’autorité d’une marchande qui règne sur son étal. Dans « Gbandjo, liquidation », elle passe du mina au français sans accroc et maîtrise son rôle de bout en bout. Bravo !
#Lomé #Togo #Théâtre
Trois comédiens, un marché qui s’enflamme. Sodji Danda, Arlette Stéphanie Ajavon et Adjo Constantine Atandji font de « Gbandjo, liquidation » un vrai théâtre de troupe. À voir à Lomé ! #OrikiTheatreBand #Togo
1/6
« Gbandjo, liquidation ! » Au marché de Lomé, l’Oriki Theatre Band joue la comédie des soldes : deux commerçantes rivales, un voisin fourbe, un surveillant suspect… Une satire sociale pleine de rires.
#Lomé #Togo #Théâtre
2/6
« Gbandjo » signifie « à bas prix » en éwé. Derrière les soldes, la pièce pointe les produits périmés vendus aux plus modestes, la vindicte populaire, le commérage, les dérives des réseaux sociaux et la corruption dans les marchés. Rire pour sensibiliser.
3/6
Le théâtre-party, c’est la forme créée par Hubert M. Arouna. Elle part du concert-party togolais (improvisation, masque, musique, interaction avec le public) et y ajoute mise en scène, scénographie, lumière et texte écrit.
Deux musiciens accompagnent l’action.
4/6
Ce sont les actrices qui portent le spectacle : présence scénique, allure de vraies commerçantes de Lomé, diction parfaite en mina comme en français. Face à elles, Sodji Danda campe un Djakpata imposant et malicieux.
5/6
Le spectacle rend aussi hommage au wax hollandais et aux Nana Benz. Les motifs sont cités et commentés : « Ton pied, mon pied », « Balaie d’abord ta propre cour » Les costumes en sont taillés.
#Wax #NanaBenz
Gbandjo, liquidation : article de presse et revue du jeu des acteurs
Oriki Theatre Band de Lomé · Texte et mise en scène : Hubert M. Arouna

