Récépissé N° 0010 / HAAC / 12-2020 / pl / P

Togo : et si 40% de la richesse du pays venait de l’ombre ?

À l’aube, une femme puise de l’eau et rallume le feu pendant que la ville dort. Toute la journée, elle cuisine, nettoie, soigne et éduque. Ce travail invisible, essentiel au foyer et à la société, ne reçoit ni salaire ni reconnaissance. Pourtant, une étude révèle qu’il représente « 40% de la création de richesse au Togo ». Ce 22 août 2025 à Lomé, un atelier national a ainsi mis en exergue le travail domestique non rémunéré dans l’économie togolaise.

Organisé par le Consortium régional pour la recherche en économie générationnelle (Creg) avec l’ONG AAVOED, en partenariat avec le Population Reference Bureau et la Fondation Hewlett, l’événement s’inscrit dans l’initiative internationale Counting Women’s Work (CWW). Le but est de : « favoriser une meilleure compréhension et une reconnaissance accumulée du travail domestique non rémunéré et de l’économie des soins dans les politiques publiques togolaises », soulignent les organisateurs.

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Les résultats présentés sont édifiants. Selon le Dr Detondji Camille, enseignant-chercheur à l’Université de Parakou et représentant du Creg, « au total, 40% de la création de richesse au Togo n’est pas comptabilisé dans le PIB. 31% de ces 40% de création de richesse est essentiellement produite par les femmes. Les hommes y contribuent pour 9% ». Ce constat révèle une injustice silencieuse : la part colossale de l’économie portée par les femmes reste invisible dans les statistiques officielles.

Pour la présidente de l’ONG AAVOED et sénatrice, Kadjaka Molgah, ce déni économique est aussi social : « Derrière chaque repas partagé, chaque enfant guidé, chaque malade accompagné dans le silence du foyer, se trouve une femme qui offre son temps, son énergie et parfois même ses rêves. Ces tâches ne sont ni reconnues comme un véritable emploi, ni enregistrées comme une contribution économique significative. »

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Le travail domestique non rémunéré regroupe la cuisine, le ménage, la garde des enfants, l’accompagnement des malades ou encore la collecte d’eau et de combustible. Autant d’activités indispensables au bon fonctionnement de la société et de l’économie, mais qui reposent principalement sur les femmes et les filles.

Cet atelier s’inscrit dans une dynamique régionale déjà amorcée au Sénégal, au Bénin et au Burkina Faso. Il marque une étape cruciale pour que le Togo prenne en compte, dans ses politiques sociales et économiques, cette « économie invisible » qui représente pourtant le ciment du progrès collectif.

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