Au Togo, les Projets Eau et Assainissement (PEAT 1 et 2) incarnent une ambition majeure : améliorer durablement l’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement. Portées par le gouvernement togolais avec l’appui financier de l’Union européenne, ces initiatives visent à atteindre la couverture universelle en eau d’ici 2030. Mais selon les autorités, cette ambition est mise en mal ; non pas par la corruption mais plutôt par l’incapacité technique des entreprises surtout locales à réaliser les ouvrages.
Lancé en 2015, le PEAT 1 devait renforcer les infrastructures à Lomé, Atakpamé et Dapaong. Deux ans plus tard, le PEAT 2 étendait l’intervention à Tsévié, Sokodé et Kara, avec un volet consacré à la gestion des boues et à la construction de latrines. Pourtant, très tôt, les projets ont été confrontés à des difficultés. Le premier signal d’alerte est apparu avec la résiliation du contrat du cabinet d’assistance technique internationale IGIP en 2018 pour « défaut d’exécution (des retards et des études mal faites) », précise les autorités.
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Dans la foulée, plusieurs structures chargées du suivi se sont succédé sans parvenir à stabiliser la conduite des travaux. Les contrats de CIRA puis du groupement Louis Berger/Egis Eau/ACEP ont également été résiliés avant l’arrivée du cabinet AESA. Une succession qui traduit les turbulences d’un programme pourtant stratégique.
Sur le terrain, la situation n’a guère été plus fluide. À Atakpamé, la construction d’infrastructures d’alimentation en eau potable, d’un montant initial de plus de 3,5 milliards de francs CFA, a vu défiler trois entreprises. Les sociétés PFEIFFER et MIDNIGHT SUN ont quitté le chantier après résiliation de leurs contrats, avant que SOGEA SATOM n’achève finalement les travaux en 2024.

À Tsévié, il a été prévu la construction d’infrastructures destinées à l’alimentation en eau potable (AEP) d’un montant initial de 1 243 203 816 FCFA Hors TVA. Après résiliation d’un premier contrat d’exécution, un audit technique a révélé des « défaillances lors de la construction de la tour de 28 m du château d’eau de 750 m³ ». Les travaux ont été interrompus et les fonds réorientés vers un second forage et une unité de déferrisation de l’eau, illustrant la nécessité de corriger des choix techniques en cours de route.
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À Dapaong, la réhabilitation du barrage de Dalwak n’a pas échappé aux difficultés. Un audit réalisé en 2021 a mis en lumière des malfaçons sur plusieurs ouvrages. Bien que les installations soient opérationnelles, elles fournissent « une quantité d’eau potable insuffisante », en partie en raison des défauts techniques et des effets du changement climatique.
Dans l’ensemble, les analyses des autorités pointent moins la corruption que les limites techniques des entreprises attributaires. Les contrôles menés par la direction nationale de la commande publique et l’Autorité de régulation de la commande publique ont notamment révélé que certaines sociétés présentent « des listes des équipements et matériels ainsi que des attestations de bonne exécution (…) qui sont fausses ».
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Face à ces dérives, le gouvernement a convoqué en février 2026 une rencontre avec les entreprises du secteur du BTP afin d’établir « un diagnostic » des défaillances constatées et d’envisager des solutions.
Au-delà des difficultés, une leçon s’impose : la réussite des projets d’infrastructures ne repose pas seulement sur les financements, mais aussi sur la rigueur technique, la transparence et la capacité réelle des entreprises à transformer les plans en ouvrages durables au service des populations.

