Récépissé N° 0010 / HAAC / 12-2020 / pl / P

Togo / 30 août : marcher vers l’avenir ou répéter les erreurs du passé ?

À l’approche du 30 août, nouvelle date de manifestation, les Togolais se posent des questions sur l’allure de cette journée.  Mais derrière l’ardeur de la jeunesse togolaise, une question brûle : marche-t-on vraiment pour l’avenir du Togo ou risque-t-on de rejouer, une fois encore, les tragédies d’hier au profit d’intérêts qui nous échappent ? C’est une interrogation de Me Christian Dorma Barandao-Bakélé, avocat au barreau de Luxembourg.

Dans une tribune, l’avocat met les pieds dans le plat. Oui, la situation sociale est tendue, dans un pays où « une minorité profite des richesses quand la majorité peine à joindre les deux bouts ». Oui, le passage à la Ve République, censé inaugurer une nouvelle ère, « a été mal expliqué, mal accompagné et insuffisamment débattu ». Mais faut-il pour autant céder à l’illusion d’un changement imposé par la rue ou, pire encore, par les armes ?

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Car c’est là que réside le paradoxe. Une partie de la jeunesse, galvanisée par les expériences des militaires au pouvoir au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, appelle l’armée à « prendre ses responsabilités pour une transition ». Mais derrière cet enthousiasme, Me Barandao-Bakélé voit un risque : celui d’un « peuple qui, sans le vouloir, sert des intérêts contraires aux ambitions de l’Alliance des États du Sahel », pourtant largement saluée sur le continent.

Une manifestation à Lomé

Difficile, en effet, de nier que sur le plan diplomatique, Lomé a marqué des points. La médiation entre la Côte d’Ivoire et le Mali, l’opposition à l’intervention militaire de la Cédéao au Niger, le maintien du dialogue avec les États de l’AES : autant d’initiatives qui illustrent « la volonté de Lomé de s’affranchir des directives extérieures et de favoriser les conditions d’un continent qui s’émancipe d’une tutelle contraire à ses intérêts ». Dès lors, la question se pose : « Lomé n’est-il pas devenu le premier domino qu’on veut faire tomber pour fragiliser le projet régional de l’AES ? »

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Pour l’avocat, l’heure n’est pas à la surenchère, mais au dialogue. Pas dans la rue, mais autour d’un « débat qui nous ressemble, apaisé, franc et inclusif ». Les priorités sont claires : l’emploi, l’éducation, la culture et l’entrepreneuriat. Les pistes existent, notamment les concertations sectorielles, les assises nationales de la jeunesse.

Car, au fond, il n’y a pas deux Togo irréconciliables. Il n’y a qu’un seul peuple, traversé par ses contradictions mais uni par une aspiration commune : avancer ensemble, dans la paix, vers un avenir qui ne s’écrira ni sous influence étrangère ni sous la menace des armes, mais dans la responsabilité partagée.

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