L’année 2025 restera gravée comme une période décisive dans l’histoire politique et diplomatique du Togo. Elle a été marquée par l’entrée officielle dans la Vè République, la refonte des institutions, les mouvements de contestation et une diplomatie proactive en Afrique sub-saharienne. La tenue du 9ème Congrès panafricain à Lomé, les transferts monétaires et les perspectives économiques encourageantes ont alimenté la vie nationale.
Le 6 mai 2024, une nouvelle Constitution avait posé les bases d’un régime parlementaire au Togo. En 2025, ces réformes ont été mises en œuvre, et précisément le 3 mai, Faure Gnassingbé a été élu président du Conseil par le Parlement. Cette nouveauté a consolidé sa prise de fonctions dans un cadre institutionnel désormais bicéphale et bicaméral. Concrètement, l’élection du président de la République est désormais opérée par les deux chambres réunies en Congrès, tandis que le président du Conseil exerce le pouvoir exécutif, marquant un passage d’un régime présidentialiste à un système parlementaire renforcé.
L’adoption de cette Ve République a suscité des débats intenses au Togo. Les partisans défendent l’idée d’une démocratie plus stable, ancrée dans l’action collective et l’équilibre institutionnel. Pour eux, le nouveau cadre renforcera la cohésion nationale et l’efficacité de l’action publique. En revanche, certains opposants et acteurs de la société civile ont critiqué les réformes, y voyant une concentration de pouvoirs et un possible allongement de l’emprise politique d’une même élite.
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Côté institutionnel, la mise en place d’un Parlement bicaméral, composé de l’Assemblée nationale et du Sénat nouvellement institué symbolise une volonté d’approfondir la représentation démocratique dans un pays où la gouvernance est en pleine mutation. Cette bicéphalie institutionnelle (avec un président du Conseil et un président de la République à rôles distincts) est l’épine dorsale du nouveau système politique visant à séparer les fonctions exécutives et honorifiques.
Sur le plan sociopolitique, le mois de juin 2025 a été marqué à Lomé par des manifestations politiques organisées par le Mouvement du 6 Juin (M66). Ces mobilisations, initiées par des artistes et influenceurs vivant dans la diaspora ont été organisées suite à l’arrestation du Rappeur Aamron. Les rassemblements, concentrés dans certains quartiers de la capitale, ont donné lieu à un important dispositif sécuritaire et à des perturbations temporaires de la circulation. Bien que les autorités ont rappelé la nécessité du respect de l’ordre public et du cadre légal encadrant les manifestations, des protestataires sont sortis. Plusieurs d’entre eux arrêtés, ont bénéficié d’une grâce présidentielle accordée par le président du Conseil le 30 décembre 2025.
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Au plan national, le discours sur l’état de la nation, prononcé le 2 décembre 2025 devant le Parlement réuni en Congrès par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a fixé le cap pour les années à venir. Dans un message dense, il a souligné la nécessité de consolider la démocratie parlementaire, de renforcer l’unité nationale, et d’orienter l’action publique vers la protection des citoyens, la cohésion sociale et le développement économique. Il a aussi insisté sur le rôle accru du Togo dans les questions régionales et internationales.
Cette ambition diplomatique s’est traduite par l’engagement du Togo dans la crise qui secoue les Grands Lacs, où il a agi comme médiateur désigné par l’Union africaine. En décembre 2025, Faure Gnassingbé a participé à Washington à la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, une initiative soutenue par une diplomatie multilatérale pour stabiliser une région marquée par les tensions et les conflits armés.
Sur le plan continental, le 9e Congrès panafricain, organisé à Lomé du 8 au 12 décembre 2025, a placé le Togo au cœur du débat sur le renouveau du panafricanisme. Réunis sous le thème de la réforme des institutions multilatérales et de l’affirmation d’une Afrique souveraine, près de mille délégués africains et afro-descendants ont participé à cette rencontre majeure. Le président du Conseil y a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de « devenir maître de son destin », une vision qui symbolise les nouvelles ambitions diplomatiques de Lomé.
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Sur le plan économique, l’année 2025 confirme une dynamique de croissance soutenue au Togo. Selon les projections officielles, la croissance économique est estimée à 6,2 %, dans la continuité des 6,3 % enregistrés en 2024, après 5,3 % en 2023. Cette performance repose sur un ensemble de réformes structurelles, des investissements publics ciblés et une meilleure mobilisation des ressources. Avec un PIB évalué à 9,1 milliards de dollars en 2023, l’économie togolaise reste dominée par le secteur tertiaire, qui représente 57 % du PIB, devant l’agriculture (20 %) et l’industrie (23 %). Les autorités économiques soulignent le rôle moteur de l’agriculture modernisée, de la digitalisation des services publics et d’une gestion plus rigoureuse des finances publiques. Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment un déficit budgétaire élevé et une dette publique estimée à 68 % du PIB, appelant à la poursuite des réformes pour garantir une croissance durable et inclusive.
Parallèlement, le gouvernement a engagé une action sociale d’envergure avec le déploiement national du programme de transferts monétaires, lancé officiellement à Lomé à la mi-décembre 2025. Après la phase du Grand Lomé, les opérations ont démarré dans les régions des Savanes, de la Kara, de la Centrale et de la Maritime pour une généralisation sur l’ensemble du territoire. Dans les Savanes, plus de 150 000 bénéficiaires directs reçoivent un transfert inconditionnel de 25 000 FCFA par ménage, versé par mobile money via Yas et Moov Togo, sur la base des données du recensement de l’Inseed et des vérifications menées dans plus de 1 700 villages. Dans la Kara, 19 480 ménages vulnérables bénéficient d’un appui global de 3,5 milliards FCFA, tandis que 13 615 ménages sont ciblés dans la région Centrale et plus de 21 000 bénéficiaires déjà identifiés dans la Maritime. Inscrit dans la composante 1 du Programme national de protection sociale, ce dispositif vise à atténuer les effets de la vie chère, renforcer la résilience des ménages vulnérables et soutenir l’économie locale. À terme, près de 700 000 personnes devraient en bénéficier, avec l’appui de partenaires tels que la Banque mondiale, le système des Nations unies, l’AFD et la BAD.
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L’année 2025 a été une année de transition profonde pour le Togo : entre réformes institutionnelles ambitieuses et diplomatie active, le pays s’efforce de redéfinir son rôle tant sur la scène intérieure qu’internationale, avec l’objectif d’ancrer durablement ses institutions et d’affirmer sa voix en Afrique et au-delà.