Au Sénégal, l’édifice politique bâti autour du tandem formé par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye montre des fissures de plus en plus visibles. Deux ans après leur accession au pouvoir sous la bannière du Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), les divergences ne se murmurent plus : elles se disent, frontalement.
Dimanche 1ᵉʳ mars, face à ses militants, le Premier ministre a choisi la clarté. Interrogé sur sa relation avec le chef de l’État, il a estimé que le « débat » serait sans objet « si le président était aligné sur son parti ». À défaut, il a théorisé une « cohabitation douce, raisonnable et raisonnée », allant jusqu’à évoquer un retrait du Pastef du gouvernement en cas de « rupture manifeste ». Une hypothèse lourde de conséquences : le parti majoritaire pourrait basculer dans l’opposition tout en conservant sa majorité parlementaire.
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La tension ne date pas d’hier. Les violences dans les universités, les négociations ardues avec le Fonds monétaire international et le gel d’un programme de 1,8 milliard de dollars ont mis l’exécutif sous pression. Le FMI avait suspendu son appui après la découverte de dettes « mal déclarées » par l’administration précédente, estimées à plus de 11 milliards de dollars. En novembre, lorsque Sonko affirma que l’institution proposait une restructuration que le Sénégal « n’accepterait pas », les marchés réagirent vivement, entraînant une chute des obligations internationales.
Mais au-delà des chiffres, c’est la question du centre de gravité du pouvoir qui se pose. Qui fixe la ligne ? Le président, soucieux de préserver une coalition élargie, ou le chef de parti, garant de l’orthodoxie militante ? En filigrane se dessine déjà l’horizon de 2029. Dans l’entourage de Sonko, l’idée d’une candidature semble acquise. Du côté présidentiel, on temporise.
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Le duo qui incarnait une promesse de rupture générationnelle traverse ainsi une zone de turbulences. Reste à savoir si cette tension aboutira à une union sacrée autour d’un des leaders ou à une recomposition plus profonde du paysage politique sénégalais.

