Récépissé N° 0010 / HAAC / 12-2020 / pl / P

Livre : « L’Africain du Groenland » du Togolais Tété-Michel Kpomassie, pourquoi ce livre a des chances de rebondir 45 ans après sa parution

Déjà édité à deux reprises – la première fois chez Flammarion et ensuite trente-cinq ans après, aux éditions Arthaud – et préfacé par Jean Malaurie, « L’Africain du Groenland » du Togolais Tété-Michel Kpomassie vient de faire l’objet d’une publication sur le réseau social X par le ministre togolais des Affaires Etrangères, Robert Dussey. Et cela est plein de sens pour tous ceux qui ont des oreilles et des yeux. En effet, comment le sujet relatif au Groenland pourrait laisser de marbre un diplomate de cet acabit ? qui plus, reste le patron de la diplomatie du Togo, la terre bénie qui a vu naitre Michel Kpomassie.

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De quoi parle le livre ?

Après sa première édition, l’ouvrage qui est resté longtemps épuisé et demandé, a été réédité en 2015. LAfricain du Groenland est un récit autobiographique. L’auteur est parvenu au Groenland en 1965, après huit ans de voyage depuis Lomé. Il avait alors 24 ans, c’était en 1965, et les Inuits croyaient voir débarquer le diable. De son périple, et de son séjour de deux ans en immersion au Groenland, il en fait ce récit de voyage qu’il relate.

Le point de départ d’une histoire aussi culte est pourtant banal. Un jour, au sommet d’un arbre, Tété-Michel Kpomassie rencontre accidentellement un serpent et chute. Pour se remettre de sa chute vertigineuse et se guérir de tous les bleus qui en découlèrent, il fut conduit dans la forêt sacrée de Bè, pour être soigné par les adeptes du culte des serpents. Guéri par leurs soins, il était alors destiné à les rejoindre…coup du hasard ? Coup du destin ? Un autre événement – non moins inattendu que le « hasardeux rendez-vous » avec le serpent dans l’arbre- s’enchevêtre et donne une autre tournure au cours de l’histoire. Peu de temps après son accident, sur une étagère de la Librairie évangélique de Lomé, l’enfant, dans l’antichambre des initiés au culte du Serpent, remarque un ouvrage « dont la couverture portait l’image d’un chasseur affublé de vêtements en peaux de bêtes et s’appuyant sur une lance ». Il s’agit du livre de Robert Gessain intitulé Les Esquimaux du Groenland à l’Alaska…voilà comment s’est brisée d’un coup, la fierté qu’affichait la famille de Tété-Michel Kpomassie, à l’idée de pouvoir compter parmi eux un officiant d’un des cultes traditionnels, écrit-il dans le deuxième chapitre de son livre.

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« Fut-ce l’éloge de leur hospitalité qui déclencha en moi l’aventure, ou la peur de retourner dans la forêt sacrée ? Je ne m’en souviens guère. Peu après ma lecture, un son, un mot se mit à résonner en moi jusqu’à remplir tout mon être. Ce son, ce mot, c’était le Groenland. Au moins, dans ce pays glacial, il n’y aurait pas de serpents ! », raconte-t-il.

Et pour donner corps à son rêve, il aura fallu huit ans, après son départ de Lomé. Huit ans de persévérance et d’endurance, de Kpéhénou, un quartier de Lomé, jusqu’à Upernavik, huit ans ponctués d’étapes qui le conduisirent par plusieurs pays africains, la France, le Danemark.

Pourquoi Le Nouveau Reporter recommande le livre ?   

Mythique à plusieurs égards, au regard surtout d’une histoire aussi unique, cet ouvrage séduit à tous les coups. Il était devenu introuvable et c’est à raison.

Depuis la profondeur de son identité, de son appartenance à une culture togolaise, Tété-Michel Kpomassie revient dans ce récit sur cet ailleurs qui a su l’accueillir à bras ouvert, l’intégrer et auquel il se sent membre. « Je me sens inuk, ma patrie c’est le Groenland…. Je me suis à ce point adapté aux conditions d’existence de cette contrée que plus rien ne pourrait m’empêcher, je pense, d’y passer le reste de mes jours », avoue-t-il sans aucun détour.

« J’ai le vaudou au fond de mon cœur, même si je ne peux le pratiquer seul », affirme celui-là qui a fui une initiation traditionnelle. Il évoque les religions révélées, « quelles qu’elles soient », comme la colonisation des esprits. « Quand je suis arrivé au Groenland, la Bible traduite en esquimau disait « Donne-nous aujourd’hui notre phoque quotidien », soutient-il. Quel mépris pour ces gens qui vivent leur animisme depuis dix mille ans et savent bien que personne ne leur donne leur phoque quotidien » », lance l’auteur.

Avec L’Africain du Groenland, il devient possible de vivre aussi bien, dans quelque coin reculé de l’Afrique, du Togo, avec ses forêts – s’il en existe encore – que sur les montagnes de glaces quelque part au pôle nord. Peu importe les écarts entre les températures, les mœurs, etc. il existe une vie partout, et l’ouvrage et l’auteur montrent effectivement que l’homme est virtualité de potentialité, pourvu qu’il soit animé d’une ouverture d’esprit aussi tenace qu’une telle volonté, qu’une telle folie à la Tété-Michel Kpomassie. Une belle leçon d’humanisme, pour ainsi dire.

Trente-cinq après la première édition de cet ouvrage, le temps a passé, l’auteur a aujourd’hui 74 ans. Mais, il reste et il restera cette unique histoire, à nulle autre pareille. L’histoire à l’origine de cet ouvrage. Une histoire qui prendra difficilement une seule ride. C’est pourquoi sa réédition est un véritable événement.

Il ne serait inutile de rappeler que L’Africain du Groenland a été traduit en 8 autres langues.

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L’intérêt pour les questions diplomatiques et géopolitiques de l’heure

Le Groenland au cœur de l’actualité internationale depuis plusieurs semaines. En cause : l’ambition du président américain Donald Trump de mettre la main sur l’île qui appartient à l’Etat danois. L’affaire qui crispe et qui pollue les relations entre l’Europe et l’Amérique devient le symbole du choc de deux visions du monde : une Amérique qui défie droit et souveraineté internationale et une Europe déterminée à ne rien laisser faire.

 

 

 

 

 

 

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