La voix lyrique, le solfège, le piano, la trompette, le saxophone, la flûte, le violon, l’accordéon, la guitare, la percussion… Devenir professeurs de musique, maîtres d’éducation musicale, concertistes ou maîtres de chœur. Au Togo, les jeunes désireux de faire carrière dans la musique classique sont aujourd’hui bien plus nombreux. Cependant, malgré leur volonté farouche, ils se heurtent très vite à d’énormes difficultés. La première est sans nul doute la formation de base ; viennent ensuite les problèmes de production, de promotion et surtout de financement.
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Organisée par Opus Academy, une école de musique à Lomé dirigée par Yves Vigninou Béhanzin, l’édition 2026 du Festival international Master Piano a constitué un laboratoire pour quelques jeunes Togolais, leur permettant d’aller à l’école de la musique en général et du piano en particulier. Cette 4ᵉ édition, placée sous le thème « L’excellence musicale au service du patrimoine et de la cohésion sociale », a connu son apothéose avec un concert le mercredi 25 février 2026 à 19 h, au Palais des Congrès de Lomé.

Un tournant décisif
La soirée a fait vibrer le Palais des Congrès lors du concert de la Philharmonia de Lomé, fusion orchestrale entre Opus Académie et les chœurs Amazing Voice et Émeraude de Lomé. Devant une salle comble, en présence du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Isaac Tchiakpe, du ministre délégué auprès du ministre des Transports, chargé de l’Économie maritime, Edem Kokou Tengue, de l’ancienne Première ministre Victoire Tomégah-Dogbé, ainsi que d’un parterre de diplomates en poste au Togo, parmi lesquels Lionel Vignacq du Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France, et de la représentante résidente de l’UNICEF au Togo, Docteure Erinna Corinne Marie Laure Ado Adotevi épouse Dia.
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Cette soirée a, une fois encore, confirmé l’engouement des Togolais pour la grande musique symphonique.
Le premier chant fut une adaptation du classique Blewu de la diva Bella Bellow, interprétée par une élève de l’école Opus Academy, l’Italienne Roberta Girgenti, et arrangée pour orchestre symphonique par Yves Vigninou Béhanzin. Les cordes ont ensuite interprété Sing gently de Lully, la première Gymnopédie d’Erik Satie, puis le trio a joué le premier mouvement du Trio en sol majeur no 15 de Joseph Haydn.
Kafu Mawu d’Isaac Dogbo, arrangé par le virtuose Gédéon Anikra pour orchestre symphonique, a précédé la Messe en sol majeur de Franz Schubert. Enfin, Kafu Kafu de Ken Kafui a clôturé le concert en toute beauté, tel un bouquet final, à la grande satisfaction du public de mélomanes venu nombreux au Palais des Congrès de Lomé.

Une cérémonie de remise de prix
La remise des prix, remportés exclusivement par les élèves de l’école Opus Academy, a constitué un moment fort de la soirée, honorée par la présence d’artistes de la chanson, dont le doyen Agboti Yawo Mawunam.
Ainsi, le prix du niveau avancé a été remporté par le talentueux Sylvain Ayedze, qui a reçu un piano de marque FEURICH.
Le niveau intermédiaire a été remporté par Jean David Dadzie ; le prix du niveau élémentaire est revenu à Mademoiselle Dicko Soumanou et la distinction du niveau préparatoire a été décrochée par Nathan Agbodzi.
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Le Festival international Master Piano est aujourd’hui un véritable incubateur de professionnalisation. Grâce à ce coup de projecteur, trois jeunes talents togolais ont intégré des conservatoires en Europe. Des élèves d’Opus Academy ont également brillé sur des scènes internationales (Belgique, Espagne, France, Autriche). Le festival est ainsi devenu un véritable ascenseur social et artistique. Lors des éditions précédentes, des jeunes Togolais ont participé à des concours mondiaux : Antwerpiano (Belgique), Classical Barcelona (Espagne), Pianissima (France) et Classic on Danube (Autriche).
Cette école de musique à Lomé est un centre d’examen du London College of Music. Opus Academy est également la représentante exclusive de la Gulda School et de la Jam MusicLab University en Afrique de l’Ouest. Elle est enfin la représentante exclusive de la marque de pianos FEURICH en Afrique de l’Ouest.
Un Festival-Concours
Ayant obtenu un soutien financier du ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts, le Festival Master Piano repose sur quatre piliers fondamentaux :
- l’excellence technique, en stimulant la rigueur à travers un concours exigeant ;
- la vulgarisation, en faisant découvrir le piano, le violon et le violoncelle au plus grand nombre ;
- la professionnalisation, en étant une plateforme de sélection pour les conservatoires partenaires (comme celui de Caen, en France) ;
- l’impact social, en utilisant la musique comme vecteur de solidarité et de réinsertion.
Le festival a fédéré plusieurs partenaires, avec l’appui diplomatique et pédagogique de l’Ambassade de France au Togo, partenaire historique ayant financé l’intégralité du volet formation (masterclass) et le projet social. Partenaire technique d’exception, le fabricant autrichien FEURICH, leader mondial de la facture de pianos, a garanti l’excellence acoustique de l’événement.
Parmi les partenaires privés et logistiques figurent SUNU Assurances, Portside Togo et Elf Fashions, pour l’élégance vestimentaire de tous les musiciens sur scène.
La couverture médiatique d’envergure a été assurée par les radios locales Nana FM et Metropolis.

Le contenu de l’édition 2026
Du 16 au 20 février 2026 se sont tenus la formation et le concours d’excellence. Le festival a débuté par des masterclass en piano, violon et violoncelle, visant la vulgarisation de ces instruments au Togo. Le 20 février, le concours national a été présidé par Mme Mareva Bécu, du Conservatoire de Caen en France, marquant une nouvelle étape dans la collaboration avec les conservatoires européens. Face à une exigence accrue, le jury a sacré onze lauréats cette année.
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Une animation urbaine et un hommage national se sont déroulés les 21 et 22 février 2026. Le 21 février, une soirée Open Piano a permis aux talents de Lomé de s’exprimer librement. Ce fut une célébration de la pratique amatrice et professionnelle qui a créé une émulation artistique unique dans la ville.
La journée du 22 février 2026 a été consacrée à un hommage aux compositeurs togolais, soirée mémorable au cours de laquelle le patrimoine musical national a été magnifié. Des œuvres togolaises, arrangées exclusivement pour le piano, ont été exécutées. Le point d’orgue fut l’hommage vibrant rendu à Agboti Yawo Mawunam, dont le répertoire a résonné sous une forme classique inédite.
Le 23 février 2026, l’engagement social était au rendez-vous. Fidèle à sa mission humanitaire auprès des enfants en situation de rue, Opus Academy s’est rendue à l’orphelinat Divine Providence à Aného. Cette journée a été marquée par un don de vivres et un concert solidaire, offrant aux orphelins un moment de réconfort et de beauté musicale.
Un concert du trio de professeurs venus de Caen s’est tenu à l’Institut français du Togo dans la soirée du 26 février 2026.

Opus Academy : de la rue aux conservatoires
Opus Academy, avec l’appui de l’Ambassade de France, intègre une dimension humaine forte en travaillant avec les enfants en situation de rue à Lomé. La musique classique devient ici un outil de réinsertion et de dignité pour ces jeunes.
Le festival ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Les organisateurs prévoient une ouverture disciplinaire : l’édition 2027 s’élargira à d’autres instruments, y compris la voix lyrique. Incubateur de professionnalisation, le festival deviendra officiellement une plateforme de sélection pour des stages et des formations diplômantes dans les conservatoires partenaires. Une collaboration élargie entre plusieurs conservatoires est en cours afin de faciliter l’insertion des talents togolais à l’international.
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C’est ici qu’il y a lieu de toucher du doigt la forte capacité de mobilisation que le festival a eu à acquérir tout au long des quatre éditions compte tenu de la crédibilité relative à la qualité de l’offre culturelle.
Il ne reste plus qu’à souhaiter bon courage et bonne réussite à ce maillon essentiel des industries culturelles du Togo.
Adama AYIKOUE, Critique d’art

