Récépissé N° 0010 / HAAC / 12-2020 / pl / P

L’aquaponie au service de l’autosuffisance : le pari audacieux de deux chercheuses togolaises

Récemment distinguée lors du Forum Blue Invest à Lomé, l’entreprise portée par le Dr Ahama Kplolali et Kokoevi Agbevenou-Dovi développe une technologie novatrice. Ce système associe l’élevage de poissons et la culture de végétaux en circuit fermé. L’objectif des deux promotrices est désormais de déployer une exploitation commerciale de 3 000 m² au cœur de la capitale.

Tout commence en 2020, lorsqu’une sécheresse imprévue ravage les plantations de tomates de la famille Ahama, à Noépé. Face à ce sinistre, le père de la future entrepreneure l’exhorte à concevoir une méthode culturale affranchie des caprices du ciel. Le Dr Ahama Kplolali, experte en biotechnologie végétale, s’oriente alors vers les solutions hors-sol. Ses recherches la conduisent à l’aquaponie, une technique encore méconnue sous nos cieux. Pour relever ce défi, elle s’associe à Kokoevi Agbevenou-Dovi, une ancienne camarade de l’Université de Lomé spécialisée en microbiologie. Ensemble, les deux scientifiques consacrent 3 ans à étudier cet écosystème complexe avant de lancer leur premier prototype.

Une technologie durable et circulaire

Le concept repose sur un équilibre biologique simple mais rigoureux. Dans ce circuit fermé, l’eau chargée de déjections de poissons est acheminée vers les plantes. Ces dernières absorbent les nutriments pour leur croissance, agissant ainsi comme un filtre naturel. L’eau purifiée retourne ensuite vers les bassins piscicoles, permettant une économie de ressource estimée à 90 % par rapport à l’agriculture classique.

En novembre 2023, Aquaponie du Togo inaugure son installation pilote à Adidogomé-Yokoe, sur une surface de 40 m². Le projet a vu le jour grâce aux économies des fondatrices et au soutien de partenaires comme l’Organisation non gouvernementale Kynarou.

Les deux chercheuses

En octobre 2025, l’initiative franchit une étape majeure lors du Forum Blue Invest, organisé par l’Union européenne (UE). Le projet se distingue dans la catégorie aquaculture en remportant le prix du meilleur pitch. Pour le Dr Ahama Kplolali, cette distinction confirme le sérieux de leur démarche et renforce la crédibilité du secteur agritech togolais. Cette réussite attire désormais l’attention des autorités, notamment du ministère de l’Agriculture. Toutefois, le passage à l’échelle industrielle nécessite des soutiens financiers et structurels plus importants. Les deux femmes entrepreneures espèrent que ce succès facilitera l’obtention de partenariats pour leur future ferme de 3 000 m².

Surmonter les barrières structurelles et foncières

Malgré l’enthousiasme suscité, plusieurs obstacles freinent encore cette expansion. Le financement demeure le défi majeur pour acquérir les infrastructures nécessaires, comme les serres et les systèmes de filtration. De plus, la pression immobilière à Lomé rend l’accès au foncier urbain particulièrement complexe pour une exploitation de cette envergure.

Le cadre réglementaire doit également évoluer pour mieux encadrer cette pratique hybride, située à la lisière de la pêche et de l’agriculture. Par ailleurs, l’approvisionnement en équipements spécialisés impose souvent des importations coûteuses. Pour pallier cela, les fondatrices misent sur une stratégie de formation et de sensibilisation dans les écoles.

La vision d’Aquaponie du Togo dépasse les frontières nationales. Les promotrices envisagent d’exporter leur savoir-faire au Bénin ou au Burkina Faso, des pays confrontés à des enjeux climatiques similaires. Leur modèle économique combine la vente directe en circuit court et l’installation de kits domestiques pour les ménages urbains.

« Ce n’est pas un modèle impossible, nous savons où nous allons« , affirme le Dr Ahama Kplolali. Le duo lance un appel pressant aux investisseurs et au gouvernement pour soutenir cette transition vers une agriculture résiliente. Les prochains mois seront décisifs pour transformer cette réussite scientifique en un pilier de l’économie verte togolaise.

 

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