À Lomé, la scène devient mémoire. Et la mémoire, un acte politique. Ce jeudi 22 janvier, l’Association Togo Cultures, la Cie Gakokoé et l’Association Curio (France) ont présenté un spectacle singulier. Il s’agit d’une œuvre consacrée à l’histoire coloniale des Konkomba, un peuple guerrier du nord du Togo. Ce spectacle, dénommé Kaï Rematriation, s’inscrit dans le cadre du Grand projet Matrimoine Rematriation qui intervient dans plusieurs pays.
Sur scène, il s’agit de récits et d’histoires arrachées à l’oubli. Pour Gaëtan Noussouglo, metteur en scène du projet, cette création s’inscrit dans une continuité. Après Agomé et Agotimé, voici les Konkomba.
« À travers les Kokomba, on parle des peuples colonisés qui vivaient tranquilles dans leur coin avant d’être envahis par les colons allemands », explique-t-il.
Il poursuit : « Et pour les vaincre, les colons ont dû couper les pouces des populations et emporter beaucoup d’hommes ». Une phrase lourde traduisant une réalité brutale. Puis cette précision : « L’histoire racontée, est celle des envahisseurs qui prennent tout ce qu’il y a dans le pays et les transportent chez eux. »
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Le choix est assumé. Kaï Rematriation privilégie la restitution des histoires plutôt que celle des objets. « Nous avons pris l’aspect non de la restitution des objets, mais de la restitution d’histoires », insiste Gaëtan Noussouglo. Avant d’ajouter : « Aujourd’hui, pour avancer, il faut que nous-mêmes, nous nous racontions notre propre histoire. »
La rematriation, ici, prend une dimension particulière. Elle donne une place centrale aux femmes. « Nous évoluons dans un univers patrimonial où la parole n’est pas suffisamment donnée aux femmes », rappelle le metteur en scène. Le projet corrige cette absence et interroge les récits dominants.
Plus qu’un spectacle, Kaï Rematriation est un processus ; un travail de réparation. Ce n’est pas qu’un simple retour physique. Mais d’un retour par la parole, par la scène et la transmission.
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Après Agomé, Agotimé et Konkomba, l’histoire coloniale du Togo sera revisitée dans son ensemble le 26 mars 2026 à l’Institut français de Lomé.


