A 32 ans, Mme AFFOGNON Clarisse Oury Ayawa, est la présidente de l’Association Seinture. Après des mois de lutte contre le cancer, elle a franchi la ligne d’arrivée : celle de la rémission complète. Malienne d’origine togolaise, anciennement assureur, restauratrice et entrepreneure, Clarisse Affognon voit sa vie basculer après un combat contre le cancer. En 2025, elle survit à l’une des formes les plus agressives du cancer du sein. Entre les diagnostics froids, les traitements éprouvants et les doutes profonds, elle n’a jamais cessé de croire en son rétablissement. Aujourd’hui, elle porte un regard transformé sur l’existence. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours de combattante et nous livre un témoignage poignant de courage, porté par une volonté de fer de retrouver la lumière. Elle revient surtout sur son engagement dans la lutte contre le cancer avec Seinture, une organisation basée à Bamako où elle vit. De passage à Lomé et œuvrant pour la sensibilisation, la promotion du dépistage précoce et l’accompagnement des personnes touchées par les cancers, notamment ceux du sein et ceux qu’elle appelle « les cancers en dessous de la ceinture » : col de l’utérus, prostate et testicules, son idée est de prendre les pools du terrain afin de voir comment étendre ses tentacules. Avec son engagement né de son propre combat contre le cancer, aujourd’hui, sa mission est simple : faire en sorte que personne ne combatte le cancer seul. Interview.
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Comment avez-vous découvert que vous étiez atteint de la maladie ?
J’ai découvert que j’étais atteinte d’un cancer du sein après l’apparition de signes inhabituels qui ont nécessité des examens médicaux approfondis. Le diagnostic a été un choc, comme pour beaucoup de patients. C’était en mai en 2024 à Bamako où je vis. Ce moment marque une rupture dans la vie : soudain, tout change. On passe du statut de personne en bonne santé à celui de patient confronté à une maladie potentiellement mortelle.
Quels ont été vos premiers sentiments ?
Les premiers sentiments ont été la peur, l’incompréhension et l’anxiété. Mais très vite, j’ai compris que deux choix s’offraient à moi, subir la maladie, ou décider de la combattre. J’ai choisi de me battre.
Sans doute l’une des questions étaient de savoir s’il y a des antécédents familiaux ?
À ma connaissance, j’avais deux cas connus du côté de ma famille maternelle mais rien ne pouvait me préparer à cette réalité compte tenue de l’absence d’information sur le caractère génétique de la maladie. Je tiens néanmoins à préciser que le cancer peut toucher n’importe qui, même sans historique familiale. C’est pourquoi le dépistage reste essentiel.
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Alors, la suite, on l’imagine c’est le traitement….
Mon traitement a été lourd et exigeant. Il a impliqué plusieurs étapes médicales, notamment la chimiothérapie, qui est souvent l’un des traitements les plus difficiles physiquement et psychologiquement, ensuite vint la tumorectomie, et la radiothérapie.
Ces traitements demandent une grande force mentale et un accompagnement médical constant.

Parlez-nous des effets secondaires….
Les effets secondaires de la chimiothérapie sont très éprouvants, il y’en a plus que je ne pourrais citer, mais principalement je dirais : fatigue extrême, chute des cheveux, noircissement de la paume des mains et de la langues, affaiblissement du corps, changements physiques et émotionnel, immunodepression, mobilité réduite, j’avais souvent du mal à parler et des trous de mémoires qui me suivent jusqu’à présent.
Ceux de la Tumorectomie n’ont été que des douleurs liées à la cicatrisation post chirurgicale et à la perte partielle de l’utilisation de mon bras droit.
La Radiothérapie quant à elle, je dirais que les radiations en plus de me donner l’impression d’avoir un feu qui me consumait à l’intérieur m’ont créé des blessures apparentes sur la zone irradiée.
Mais au-delà du corps, il y a aussi le combat psychologique : continuer à croire en la vie malgré les épreuves.
Et le système de santé ?
Comme dans beaucoup de pays africains, le parcours de soins contre le cancer reste complexe : Inégalité d’accès aux traitements ; Coût élevé ; Manque d’infrastructures spécialisées. C’est aussi pour cela que je me bats aujourd’hui : pour améliorer l’accès à l’information, au dépistage et aux soins.
L’accompagnement psychologique reste une autre bataille….
Le soutien psychologique est fondamental dans un combat contre le cancer. Même si ce type d’accompagnement n’est pas toujours structuré dans nos systèmes de santé, le soutien des proches, de la famille et des personnes engagées autour de moi a été déterminant.
Quel impact cela a-t-il eu sur la vie personnelle et professionnelle ?
Le cancer bouleverse tout :la vie familiale, la vie sociale, la vie professionnelle. Il oblige à ralentir, à se recentrer et à redéfinir ses priorités. Mais paradoxalement, cette épreuve m’a aussi donné une mission de vie plus grande que moi.
Quel a été le rôle de l’entourage ?
L’entourage joue un rôle essentiel. Quand on est malade, chaque geste de soutien compte : Un mot, une présence, une prière, une aide concrète. Le cancer est un combat collectif même si la guérison est souvent individuelle.
Aujourd’hui avec le recul comment appréciez-vous les regards et préjugés ?
Oui, il existe encore beaucoup de tabous et de préjugés autour du cancer. Certaines personnes associent encore cette maladie à une fatalité ou à une malédiction. C’est pourquoi la sensibilisation est essentielle : le cancer n’est pas une condamnation automatique.
Comment avez-vous vécu l’annonce de la rémission ?
Le moment où l’on apprend que l’on est en rémission est un moment très fort. C’est un mélange de soulagement, de gratitude et de renaissance. On comprend alors que la vie est un cadeau fragile. Cela n’a été que des larmes de joies, de fierté et de soulagement.
Concrètement qu’est ce qui a changé ?
Après le cancer, on ne voit plus la vie de la même manière. On apprend à apprécier les petites choses, vivre pleinement et donner du sens à son existence. Pour moi, cela s’est transformé en engagement public contre le cancer.
Aujourd’hui, vous avez adopter de nouvelles habitudes ?
Oui, j’ai adopté une hygiène de vie plus consciente : Suivi médical régulier ; Attention particulière à l’alimentation ; Moins de pression et de stress ; Plus de repos.
Mais surtout, j’ai adopté une philosophie : prendre soin de soi et de sa santé est un acte de responsabilité.
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Quel est votre message adressé aux femmes ?
Mon message aux femmes est simple, mesdames n’ayez pas peur du dépistage, le cancer du sein détecté tôt se soigne beaucoup mieux. Écoutez votre corps. Faites des examens réguliers. Parlez-en autour de vous, car après le geste individuel doit prévaloir l’action collective. Et surtout souvenez-vous d’une chose : Le cancer peut frapper une personne, mais il ne doit jamais détruire une communauté. Nous devons nous soutenir.
Je vous remercie.
Source : Togo Matin

