Comme une traînée de poudre, la mauvaise nouvelle de la disparition d’Amivi Homawoo s’est répandue hier samedi soir sur les réseaux sociaux, dans l’écosystème des arts visuels du Togo. Hier, 11 avril 2026, restera une date funeste pour les arts et la culture du pays. Amivi Homawoo serait décédée le matin, à la suite d’une courte maladie. La confirmation n’est intervenue qu’en début de soirée auprès de la famille biologique.

L’écrivain russe Dostoïevski, dans Les Possédés, nous rappelle notre condition humaine : « L’unique condition essentielle de l’existence humaine, c’est que l’homme devrait toujours pouvoir s’incliner devant quelque chose d’infiniment grand. Si les hommes sont privés de l’infiniment grand, ils ne continueront plus à vivre et ils mourront de désespoir. L’infini et l’éternel sont aussi essentiels pour l’homme que la petite planète sur laquelle il vit. »

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Les élèves du lycée de Nassablé à Dapaong, comme ceux du lycée de Tokoin à Lomé, redécouvriront ses fresques sur la clôture de leur établissement à la faveur de cette rentrée scolaire après les congés de Pâques.

Depuis que l’artiste a découvert la toile, la peinture et le pinceau, elle ne les a plus lâchés. Elle peint le jour, elle peint la nuit. Et quand elle ne peint pas, elle pense à ce qu’elle va peindre. Le résultat ? Une œuvre visionnaire qui traverse la peinture, le design, la sculpture et la vidéo. Elle a été l’un des talents les plus généreux de sa génération, mêlant les médiums sur fond d’humanité.

À l’état civil, elle s’appelait Améyovi Akpéyédjé Homawoo. Née le 5 avril 1975 à Lomé, elle signe ses œuvres sous le nom d’artiste Amivi Homawoo. Artiste peintre, sculptrice, designer, vidéaste et promotrice culturelle, elle a fortement contribué à donner à l’art contemporain togolais son expression féminine parmi les plus abouties.

Sa peinture présente, dans la plupart de ses toiles, de longues silhouettes féminines, longilignes et filiformes, évoquant des présences anonymes sous des formes presque humanoïdes. L’harmonie des couleurs est saisissante. Ce sont des teintes d’une matité élégante, desquelles émergent des contours et des traits parfois subtils.

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Amivi Homawoo pratique également l’art appliqué à travers le design d’objets valorisant des matériaux locaux et des savoir-faire artisanaux. Elle montre comment les besoins du quotidien peuvent stimuler l’inventivité. Il s’agit de concevoir des objets usuels, notamment des meubles, à la fois utiles, esthétiques et adaptés à un usage pratique. Cette démarche conjugue la fonction, la forme, la technique, l’innovation et l’ergonomie dans une relation harmonieuse entre l’homme et l’objet.

Amivi Homawoo a été l’un des piliers d’Ewolé, une manifestation à caractère sous-régional, interafricain et à vocation internationale, inscrite dans le domaine de la création des arts visuels. Ewolé, Rencontres et Résidences internationales d’arts visuels, se veut être un espace de rencontre, de création, de formation et de réflexion sur les arts visuels en Afrique. Ces rencontres biennales ont rassemblé, de la première à la sixième édition, des artistes plasticiens venus de divers horizons pour des échanges, des formations et surtout des productions à travers des ateliers, des résidences, des performances et des conférences.

Ses œuvres ont fait l’objet d’expositions aux quatre coins du monde : Afrique, Europe, Asie et Amérique.

La disparition d’Amivi Homawoo laisse un vide profond dans le paysage artistique togolais. À travers son talent, sa sensibilité et son engagement, elle a su porter haut les couleurs de l’art plastique du Togo, inspirant toute une génération par son authenticité et sa créativité. Véritable modèle de rigueur et de passion, elle a transformé chaque œuvre en un message, chaque création en un héritage vivant. Son départ soudain est une immense perte, mais son œuvre et son influence continueront de rayonner, rappelant à tous la force et la beauté de l’expression artistique togolaise. Qu’elle repose en paix, et que son parcours demeure une source d’inspiration éternelle.

« Ce n’est pas en donnant de l’herbe aux bergers que les brebis montrent qu’elles ont bien mangé, mais en digérant leur nourriture au-dedans et en fournissant au-dehors de la laine et du lait. » Cette pensée d’Épictète, dans Manuel, exprime aujourd’hui ce qu’Amivi Homawoo laisse à la postérité en termes de transmission dans son domaine de prédilection.

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Partie trop tôt à cinquante et un ans, elle constitue désormais un véritable Matrimoine des arts visuels au Togo. La jeune génération saura s’inspirer de cette brillante dame qui a tant donné à l’écosystème artistique du Togo, de l’Afrique et du monde.

Tout au long de son existence, elle a fait sienne cette posture de l’écrivain congolais Tchicaya U Tam’si :

« La fraternité fut un mot ; j’en fais un os de plus à joindre à mon squelette. »

Adama AYIKOUE, Critique

 

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