Amivi Homawoo, de son nom à l’état civil Améyovi Akpéyédjé Homawoo, s’impose depuis les années 1990 comme une figure singulière du design africain contemporain. Artiste pluridisciplinaire : peintre, sculpteur, vidéaste et promotrice culturelle, elle inscrit sa recherche dans une exploration subtile des formes, des usages et des imaginaires collectifs. Sa signature, désormais bien connue, accompagne une production où la mémoire culturelle dialogue avec les exigences esthétiques et fonctionnelles du design moderne. Curaté par Nicolas Bellavance-Lecompte du 28 novembre 2025 au 15 mars 2026 au Palais de Lomé au Togo, elle montre sa création au cours d’une exposition collective, Design in West Africa: Unity in Multiplicity au côté de vingt-trois (23) artistes provenant de sept (7) pays de l’Afrique de l’Ouest (le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Ghana, le Mali, le Nigéria, le Sénégal et le Togo notre pays).

Une trajectoire internationale :

La trajectoire d’Amivi Homawoo est marquée par une ouverture précoce sur le monde et une volonté de dialogue constant entre l’Afrique et l’international. Dès 1995, elle se confronte aux fondamentaux du design lors d’un stage de formation au centre ARTISTIK de Lomé, une première immersion qui révèle son intérêt pour l’art appliqué et les objets du quotidien. Elle poursuit cette démarche à Paris, à l’École nationale des sciences informatiques appliquées, où elle découvre les méthodes, la rigueur et l’esthétique du design occidental, tout en gardant en elle l’empreinte des pratiques culturelles africaines.

En 2003, son parcours prend une nouvelle dimension avec sa participation à TABLE MANERS – Africalia 3, un atelier de création en design organisé au Togo. Cette expérience collective, placée sous le signe de l’innovation, lui permet d’affiner sa pratique et de se positionner dans une dynamique panafricaine. La même année, elle expose à Courtrai, en Belgique, s’ouvrant ainsi à un public européen sensibilisé au design d’avant-garde.

L’année 2004 constitue un moment charnière. Elle organise au Togo la première édition d’« Arts de Femmes », une exposition qui met en lumière la création féminine et qui connaîtra deux autres éditions. Parallèlement, elle est invitée à participer à de prestigieux rendez-vous internationaux. Elle prend part au Salon du design de Dakar, qui consacre la capitale sénégalaise comme l’un des pôles majeurs de la création contemporaine en Afrique. Elle est également présente au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, le SIAO, tenu pendant le Sommet de la Francophonie, un événement qui attire collectionneurs, curateurs et acheteurs venus du monde entier. La même année, son travail est présenté à Bamako dans le cadre de l’exposition « Made in Africa », avant d’être montré au Salon du meuble de Paris puis à Montréal. Ces multiples apparitions témoignent de la vitalité de son approche et de la reconnaissance croissante de sa démarche.

En 2005, sa présence au Salon international de design « Maisons et Objets » à Paris confirme son inscription dans le cercle des designers émergents à suivre. Cette même année, elle participe à une exposition de design organisée par FELISSIMO, présentée au siège de l’UNESCO à Paris puis au Japon. Ces étapes marquent l’ouverture de son travail à l’Asie, renforçant sa stature d’artiste internationale.  À travers ces différentes expériences, Amivi Homawoo a su démontrer une grande capacité d’adaptation et une singularité qui attire l’attention des acteurs du design contemporain. Chaque étape de son parcours est à la fois un apprentissage et une reconnaissance. Elle illustre le cheminement d’une artiste qui, partie de Lomé, inscrit désormais son œuvre dans un réseau international où se croisent cultures, influences et visions du monde.

Une esthétique de l’essentiel à travers la présente exposition intitulée Design in West Africa: Unity in Multiplicity

Le design d’Amivi Homawoo se distingue par une esthétique de l’essentiel, une approche où chaque forme est ramenée à sa plus stricte nécessité. Rien n’est superflu, rien n’est décoratif au sens gratuit du terme. Elle cultive une sobriété qui n’est pas synonyme de pauvreté visuelle, mais qui traduit au contraire une recherche de justesse, de cohérence et d’harmonie. Cette économie de moyens lui permet de concentrer toute l’attention sur l’objet en tant que réponse à un usage précis, tout en laissant la place à une beauté subtile et intemporelle. Son style minimaliste trouve sa force dans la pureté des lignes, l’évidence des volumes et la rigueur des proportions. Ces caractéristiques rappellent certains principes du design moderniste occidental, mais chez elle, cette rigueur est traversée par un souffle proprement africain. La mémoire des gestes et des pratiques endogènes habite ses créations et leur confère une profondeur culturelle. Ainsi, l’assise basse de ses fauteuils, ses tabourets épurés ou encore ses plateaux modulables ne relèvent pas seulement d’une esthétique contemporaine ; ils traduisent une filiation directe avec les manières de s’asseoir, de partager et de vivre en communauté dans les sociétés africaines. L’essentiel, chez Amivi Homawoo, n’est donc pas une abstraction universelle, mais une traduction visuelle et matérielle d’un rapport au corps et à l’espace. Cette démarche rejoint l’idée que le design ne se réduit pas à produire des objets beaux et utiles, mais qu’il incarne une manière d’habiter le monde. Ses meubles racontent une histoire de sobriété fonctionnelle où le corps humain est la mesure, où la convivialité guide la forme, où l’objet reste toujours au service du lien entre l’homme, son environnement et sa culture. Ce choix esthétique place son travail à la croisée des chemins. D’un côté, il s’inscrit dans la modernité globale du design minimaliste, ce courant qui privilégie la clarté et l’épure. De l’autre, il revendique une singularité ancrée dans les pratiques locales africaines, transformant ainsi chaque objet en un lieu de rencontre entre tradition et modernité. Dans cette tension se joue la force de son œuvre : la capacité à produire des formes universelles qui demeurent profondément situées. L’esthétique de l’essentiel portée par Amivi Homawoo n’est pas un renoncement à la complexité, mais une manière de la contenir et de la traduire en lignes sobres et en volumes maîtrisés. Elle propose un design où la mémoire devient matériau, où l’innovation se nourrit du quotidien, et où l’objet s’élève à la dignité d’une œuvre d’art tout en demeurant fidèle à sa fonction première.

En plaçant les gestes culturels africains au cœur de son travail, Amivi Homawoo renouvelle la réflexion sur le design contemporain. Elle démontre que le mobilier peut être à la fois mémoire et invention, tradition et modernité, local et universel. Son œuvre participe de cette grande conversation planétaire sur le rôle du design : non pas un simple exercice de style, mais une manière de repenser le rapport entre l’homme, l’objet et la culture. L’artiste reste et demeure un vecteur sensible des mutations sociales. Hannah Arendt le souligne dans son ouvrage La crise de la culture que l’artiste est après tout « le producteur authentique des objets que chaque civilisation laisse derrière elle comme la quintessence et le témoignage durable de l’esprit qui l’anime. »[1]

Le public est donc le bienvenu à cette importante exposition de design au Palais de Lomé.

 

Adama AYIKOUE, Critique d’art.

[1] Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p. 257.

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