Le terme « cinéma » est l’abréviation de cinématographie, c’est-à-dire l’art de décrire les mouvements. La loi togolaise n°2021-018 du 29 septembre 2021 portant code du cinéma et de l’image animée définit le cinéma comme le « procédé qui permet de procurer l’illusion du mouvement par la projection, à cadence suffisamment élevée, de vues fixes enregistrées sur un film ». Par extension, le cinéma désigne l’art de composer et de réaliser des films, ainsi que l’industrie relative à leur production et à leur diffusion.

Le cinéma togolais se caractérise, ces dernières décennies, par son dynamisme, ainsi que par la qualité et la quantité des œuvres produites. Il est porté par un vivier de talents, majoritairement jeunes, qui, d’année en année, s’imposent sur la scène cinématographique internationale.

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Une petite histoire du cinéma togolais

La première expérience cinématographique au Togo remonte à l’époque coloniale allemande. La première projection non commerciale date de 1913. Le 7e art togolais se développe ensuite sous le mandat français grâce au dynamisme de deux entreprises dirigées par des Français.

Le film Kouami ou l’exode malversé du cinéaste togolais Jacques Do Kokou, moyen métrage en couleur (16 mm) sorti en 1975, est considéré comme le tout premier film de l’histoire du cinéma togolais. Il sera suivi de La Lycéenne du même réalisateur en 1976.

En 1995, feu Blaise Abalo Kilizou reçoit, pour son film Kawilasi (réalisé en 1992), le Prix spécial « Développement humain durable » au FESPACO.

Cependant, dès les années 1990, l’élan du cinéma national est fortement ralenti, plongeant le secteur dans une certaine léthargie.

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Depuis quelques années, le cinéma togolais renaît grâce à une nouvelle génération de cinéastes talentueux : Steven AF, Marcellin Bossou, Joël M’Maka Tchedre, Angela Aquereburu, Carole Sim, Madie Foltek, Julio Têko, Florence Kitcha, etc.

Aujourd’hui, la production cinématographique togolaise est diversifiée : courts et longs métrages de fiction, documentaires, séries et films d’animation.

Il reste toutefois difficile d’évaluer précisément le potentiel national de production, car, jusqu’au 29 juillet 2021, les professionnels n’étaient pas tenus de déclarer leurs œuvres. Le dépôt légal institué par le nouveau code du cinéma vient corriger cette lacune.

Au-delà du divertissement, le cinéma constitue une source de revenus, un levier de création d’emplois et un facteur de cohésion sociale. Selon l’UNESCO, les industries culturelles pourraient générer plus de 20 millions d’emplois et contribuer à hauteur de 20 milliards de dollars au PIB africain. Pourtant, ce potentiel reste largement sous-exploité.

Comme le souligne Michel Labrèche, « si une image vaut mille mots et qu’un film est composé de centaines de milliers d’images, alors le film devient un puissant vecteur de transmission d’idées. »

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Le cinéma joue également un rôle majeur dans la promotion de l’identité culturelle. Il permet de refléter les réalités sociales, de susciter la réflexion et de renforcer les liens humains.

Le réalisateur Steven AF et sa production

Le cinéma est aussi un moyen d’expression culturelle et philosophique, capable d’influencer les imaginaires.

Le Coup de grâce, long métrage dramatique du réalisateur Amouzou Ayélété Folligan, connu sous le nom de Steven AF, se déroule dans un État fictif appelé Zogbeland. Produit par Daayek Production et Sunlight Group, il a été présenté en avant-première à Lomé en mai 2022 et a reçu plusieurs distinctions.

Le réalisateur est également l’auteur de Points de suture (2008), Shérifa et Solim (2016).

Il revient aujourd’hui avec un nouveau film, MAWU-SIKA, dont l’avant-première s’est tenue à la salle Concorde de l’Hôtel du 2 Février, le samedi 21 mars 2026 en présence d’un nombreux public conquis qui s’est manifestement réapproprié un des fleurons de son patrimoine culturel : les Nana Benz. D’une durée de 1 h 42 mn, ce film met en lumière les réalités du négoce des Nana Benz, à travers le personnage de Da Essi (interprété par Marie Dogbé). Sa fille unique, Mawu-Sika (Jessica Djadoo), est confrontée aux tensions liées à la succession de l’empire familial convoité par Adjo (Carole Lokossou) et son mari.

L’actrice de cinéma Madame SEWOA Marguerite

Madame SEWOA Marguerite Adjoa Sepopo Makafuwo épouse LAWSON est l’unique héritière de la Nana Benz AHIAKPOR Manavi, alias MANATEX. Elle a repris l’entreprise familiale en renonçant à sa carrière d’enseignante et a consacré plus de trente-cinq ans à ce négoce. Aujourd’hui à la retraite, elle relève un nouveau défi en entamant une carrière d’actrice dans le film MAWU-SIKA. Figure emblématique de la deuxième génération des Nana Benz, elle incarne élégance et engagement. Elle a d’ailleurs été honorée lors de la soirée par le Prix Lifetime Achievement Award (prix pour l’ensemble d’une carrière). Il s’agit d’une distinction honorifique prestigieuse, courante dans les pays anglophones, saluant une personne pour la contribution exceptionnelle et la longévité de sa carrière dans un domaine spécifique, souvent le cinéma, la musique ou l’art.

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Cette haute distinction lui été remise par le Représentant du Président du Conseil, le Ministre du Tourisme, de la Culture et des arts, Monsieur Isaac TCHIAKPE en présence de Madame Yawa KOUIGAN, Ministre de la Communication et de Madame Victoire TOMEGAH DOGBE, ancien Premier Ministre.

Dans le film, elle interprète le rôle de Nagan, une figure matriarcale des Nana Benz, conseillère et confidente de Mawu-Sika. Son personnage accompagne l’héroïne dans la quête d’un secret familial lié à l’adoption et à l’héritage, au cœur d’intrigues et de manœuvres sournoises. La question de l’héritage, souvent source de conflits, constitue un puissant ressort dramatique. Elle soulève des enjeux sociaux majeurs, notamment la préservation du patrimoine familial face aux convoitises de tous genres. Les conflits successoraux sont d’ailleurs une réalité fréquente, provoquant divisions et tensions durables au sein des familles africaines.

Le personnage de Mawu-Sika, figure centrale du film, est brillamment interprété, notamment dans ses interactions avec l’oncle Paul (incarné par l’homme-scène qu’on ne présente plus, Béno Sanvee Alouwassio).

 

Le film MAWU-SIKA, du réalisateur et producteur Steven AF reste et demeure un hommage à nos valeureuses Nana Benz qui ont écrit au prix de leur sacrifice la singulière histoire économique de notre pays le Togo. La présence effective de nombreuses Nana Benz et de « Nanettes » prouve à suffisance leur adhésion totale à la réalisation de ce savoureux film de Steven AF. Ce négoce de distribution de tissu pagne se transmettant surtout de génération en génération n’échappe pas aux réalités socioculturelles basées sur l’épineuse question de l’héritage.

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Madame SEWOA Marguerite Adjoa Sepopo Makafuwo épouse LAWSON a eu à incarner le rôle de Nagan dans le film avec doigté et finesse. Il est de bon ton de s’attendre à la revoir brillamment dans un prochain film.

Le film est également le reflet du riche patrimoine musical du Togo à travers les chansons d’Akofa Akoussah, d’Agboti Yawo Mawuéna et de King Mensah dont la présence à la soirée a rehaussé l’éclat de cet avant-première.

 

Adama AYIKOUE, Critique d’art

 

 

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