Plus de 1000 milliards Fcfa sont brassés par le mobile money en une trimestre au Togo. Ces données publiées par l’Arcep dans l »’Observatoire des marchés des communications électroniques » couvrant le premier trimestre 2025, révèlent la croissance fulgurante du mobile money. Mais une lecture plus subtile révèle une réalité plus nuancée, où l’expansion quantitative ne garantit pas encore une inclusion financière de qualité.
Selon l’Institut nationale de la statistique et des études économiques et démographiques, la population du Togo s’établit à 8 095 498 habitants. En face, « le total du nombre d’abonnés est de 4 479 384 ». Quand on se réfère au taux de pénétration du mobile money au premier trimestre 2025, elle atteint donc 52,2%, contre 42,4% un an plus tôt. Les chiffres sont éloquents et montrent une belle adoption de ce canal de transactions par les populations. Mais, ces indicateurs méritent d’être relativisé. Le nombre d’abonnés ne correspond pas mécaniquement au nombre d’individus inclus. Un même utilisateur peut détenir plusieurs comptes, parfois chez les deux opérateurs. À l’inverse, des ménages entiers partagent un seul téléphone. L’inclusion mesurée reste donc partielle et statistique.
Lire aussi : E-paiement : les paiements instantanés en Afrique enregistrent un record en 2024
Sur le plan économique, la dynamique est incontestable. « La valeur totale des transactions est de 1 211 milliards FCFA » en 3 mois. Mixx by Yas concentre « 794 milliards FCFA », Flooz « 401 milliards FCFA ». Les volumes suivent la même tendance, avec « 79 millions » de transactions pour Mixx by Yas contre « 32 millions » pour Flooz. Le mobile money irrigue désormais les échanges quotidiens, en particulier dans l’économie informelle, où rapidité et liquidité priment.
Néanmoins, il faut également souligner que ces flux massifs cachent une concentration des usages. Une minorité d’utilisateurs très actifs génèrerait l’essentiel des volumes. Les comptes dormants resteraient nombreux. La question n’est donc plus seulement l’accès, mais l’usage réel, régulier et maîtrisé.
Le maillage territorial progresse. « 50 937 points de vente » de ces deux opérateurs sont recensés à l’échelle nationale. Une couverture impressionnante, mais inégale. Les zones rurales, moins denses et moins solvables, restent moins bien desservies. À cela s’ajoutent des freins persistants : faible alphabétisation financière, barrières linguistiques, méfiance vis-à-vis des services numériques, coûts de transaction jugés élevés pour les petits montants.
La qualité de l’inclusion pose aussi question. La sécurité des comptes, la gestion des litiges, la protection des données personnelles et la prévention des fraudes restent des préoccupations majeures. Car l’inclusion financière ne se limite pas à l’ouverture d’un portefeuille mobile. Elle suppose confiance, compréhension et capacité à utiliser le service sans risque.
S’agissant des parts de marché des deux opérateurs, Mixx by Yas a « 59% » contre « 41% » pour Flooz, mentionne l »’Observatoire des marchés des communications électroniques ». Par ailleurs, la régulation interroge. L’effectivité de l’interopérabilité, la transparence tarifaire, l’innovation et l’équilibre concurrentiel seront déterminants pour une meilleure inclusion.
Suivez notre chaîne WhatsApp ici
Le mobile money togolais affiche une réussite numérique indéniable. Le défi, désormais, est moins de croître que de mieux inclure, et de transformer la masse des abonnés en citoyens financièrement autonomes.